Chapitre III: Puerto Esperanza (partie III)

Le directeur de la station déboula dans le local des contrôleurs de vol. Le chaos était total et les opérateurs hurlaient devant leurs terminaux regardant impuissants la course folle du croiseur. Personne ne se risquait à sortir un navire en manuel, l’espace était trop étroit pour manœuvrer sans l’aide des systèmes de guidage qui fournissaient les données aux ordinateurs de vol.
Un des contrôleurs hurlait dans son micro, essayant de contacter le pilote du navire Caldari qui ravageait les docks. Si ce dernier percutait la coque et explosait, toute la station pouvait se désintégrer en un ultime feu d’artifice, entrainant probablement dans sa course les deux immenses navires de guerre.
Avec horreur, il entendit les ordres du directeur de la sécurité qui ordonnait d’ouvrir le feu sur le vaisseau. Une réaction de militaire. Les chances de provoquer des dégâts au navire étaient faibles mais cela ne faisait qu’ajouter de la pression au pilote. A ce stade, la seule chose qu’il désirait était de voir disparaître le navire hors de sa station.
« Ouvrez la baie et laissez sortir ce crétin », hurla-t-il dans la panique qui régnait parmi les opérateurs. « Il va tout faire exploser »
Les contrôleurs sautèrent littéralement sur leurs claviers pianotant comme des malades. Encore un des mystères de la technologie. Ouvrir ou fermer un sas comportait une série de procédure à parcourir ce qui laissait largement le temps au croiseur de ravager les quais.
Le visage blanc comme de la craie, il regarda le pilote aligner son engin face à la baie. A la vitesse ou celle-ci se refermait, il n’avait aucune chance de passer. C’était la fin. Le vaisseau inclina légèrement son étrave, la flamme des réacteurs devint plus intense et il bondit vers l’avant juste au moment ou les signaux de fermeture du sas passaient au vert. L’immense porte d’acier s’immobilisa laissant passer le minuscule navire entre ses dents.
Sur les écrans extérieurs, ils suivirent sa course entre les navires de guerre pour enfin le voir disparaître avec soulagement parmi les étoiles.
Le danger était loin d’être passer. Le kamikaze avait à peine disparu que les batteries des navires de guerre se tournèrent vers la station. Le silence était total parmi les opérateurs qui regardaient avec effroi les deux « capital ship » prendre position. Une seule salve pouvait les désintégrer.
« Opérateur combien de temps avons-nous ? »
Il s’adressa en particulier à un jeune type qui semblait avoir gardé un peu plus de faculté que les autres. Les mains tremblantes, il pianota sur son clavier et lança d’une voix étonnamment ferme.
« Environ sept minutes Monsieur. Les deux navires s’éloignent de la station afin de ne pas être pris dans l’explosion. Ils vireront ensuite par tribord pour aligner leur canons. Cela prendre environ trois minutes de plus. Ils peuvent évidement envoyer leur drones », laissa-t-il tomber.
Un décompte s’afficha sur l’horloge centrale. Les chiffres reculaient à toutes vitesses comptant les secondes avec sadisme.
« Ils n’oseront jamais nous tirer dessus », souffla chef de la sécurité.
Le directeur ricana.
« Je n’en serais pas si certain »
Il se tourna vers l’opérateur qui attendait de nouvelle instruction.
« Lancez le signal d évacuation de la station. Tout le monde aux chaloupes de sauvetages. »
Le contrôleur parla dans son micro et le directeur imagina parfaitement le signal d’évacuation qui devrait maintenant résonner dans l’ensemble de la station. C’était une mesure standard de sécurité et tous les habitants la répétaient de manière régulière. Quand le jeune homme eut terminé il s’adressa à lui à nouveau.
« Contactez les deux capitaines maintenant »
« Bien Monsieur »
Le visage fermé de l’Amarr apparut en premier sur l’écran de gauche, suivit par celui plus expressif du Minmatarr. Ce qu’il lut dans le regard de son compatriote le fit frissonner : Les yeux du Brutor étaient envahis par la colère.
« Vous avez désobéi à mes ordres Directeur », annonça la voix neutre de l’Amarr. « Un vaisseau vient de sortir de la station »
« Nous n’avons pas pu l’empêcher Capitaine. Ce navire est sorti en manuel sans aucun système de navigation actif. Notre baie prend du temps à se fermer », répondit-il d’une voix qui se voulait aussi forte que possible.
« Les ordres de la nouvelle république étaient clairs. Aucun navires ne devaient sortir », déclara le Minmatarr essayant de reprendre le contrôle de la situation. « Nous allons procéder à la destruction de la station. Vous êtes considéré comme une base abritant des pirates. Nous avons l’autorité et le droit d’ouvrir le feu. »
« C’est une folie capitaine. Nous ne pouvons être tenu responsables de la présence d’un navire pirate dans notre station. Rien ne nous permettait de penser que ce croiseur en était un. Il nous a pris par surprise »
Une série d’alarme résonnèrent à nouveau dans la salle de contrôle. D’un geste de la main, le directeur les fit taire.
« Nous sommes locker par le navire Ammar Monsieur ».
Sa voix n’était plus qu’un murmure.
« Capitaine ! », cria-t-il. « Votre navire vient de nous prendre pour cible. Vous n’avez aucun droit d’intervenir en territoire de la nouvelle république »
Il jeta un œil sur le décompte qui affichait quatre minutes.
Les alarmes résonnèrent à nouveau dans la salle, allumant des dizaines d’écran de contrôle.
« L’autre navire vient de nous prendre aussi pour cible Monsieur »
Le directeur sentit ses jambes se dérober. Les navires de guerre allaient pulvériser sa station. Aucun des deux ne pouvaient perdre l’initiative ni la face. Ce n’était plus une question de nécessité mais simplement d’apparence. L’ultimatum avait lancé un processus irrévocable. Le navire Minmatarr allait essayer de reprendre l’initiative sur celui des Amarr.
« J’ai besoin du code de guerre. Section piratage. Vite »
Il leva la tête pour regarder le décompte des chiffres.
Les écrans furent envahis par une série de textes qui défilaient à toute vitesse.
« Cherchez quelque chose en relation avec la reddition. Vite ! »
« Le Capital Ship Amarr vient de commencer à virer Monsieur. Par tribord comme prévu »
Sur l’écran principal, entre les deux images des capitaines, la silhouette menaçante du navire de guerre emplit l’espace.
« Article 43 Monsieur », cria une femme au fond de la salle. « Je bascule vers votre moniteur Monsieur »
Le directeur hocha la tête. Il n’était certes pas un combattant mais il était décidé à lutter pour la survie de sa station. Au cours de sa longue carrière, il avait appris qu’il y avait de nombreuses armes qu’il pouvait utiliser. Il lut rapidement le texte, un texte qu’il connaissait en partie. Comme tous les commerçants, ils avaient étudié le droit. Une porte de sortie venait de s’ouvrir, il ne restait plus qu’à manœuvrer les capitaines.
« 2 minutes trente Monsieur »
« Communication avec les deux capitaines simultanément. Audio et visuel »
Il fixa la caméra et d’une voix calme déclara :
« Capitaine, conformément à l’article 43 de la nouvelle république nous vous signifions la réédition de Puerto Ezperanza. Nos systèmes de défenses sont désactivés et nos baies seront ouverte aux navires de la république d’ici environ trente secondes. Nous venons d’envoyer notre message sur toutes les fréquences du secteur et en direction de la république. »
Le Brutor fixa la camera un instant puis son image disparu des écrans.
« Deux minutes »
« Tout le monde est à bord des chaloupes ? »
« Les chaloupes sont pleines. »
Le directeur soupira. Il ne se faisait aucune illusion, il n’y avait pas de place pour tout le monde.
L’image du Minmatar revint en ligne.
« Votre réédition est acceptée, préparez vous a être abordé »
Il cacha difficilement un sourire. Une des menaces venaient d’être écartée.
« Capitaine. Je dois vous avertir que nous sommes pris pour cible par un navire de la flotte impériale. Nous possédons à notre bord trois prisonniers de cette même flotte accusés de meurtres et de piratage. Nous demandons votre assistance »
« Reçu Puerto Esperanza nous nous occupons du navire hostile. Continuez avec la procédure d’abordage »
Le Minmatarr venait de reprendre l’initiative avec un excellent prétexte de s’en prendre aux Amarr qu’il haïssait plus que tout. La station venait de lui ouvrir le champ pour affronter l’autre capital ship.
Les deux écrans disparurent en même temps. Le « capital » de la république lâcha une armée de drones qui foncèrent vers le navire Impérial, se plaçant immédiatement en orbite. Bien que moins létal que les lasers Amarr, la vitesse des drones les rendaient pratiquement invulnérable à l’armement lourd de l’immense vaisseau de guerre.
« Une minute »
« Préparez vous à évacuer dans 40 secondes »
Le navire Amarr continuait de virer. Les canons Minmatar étaient maintenant pointer vers lui. Le directeur devenait les ultimatums que devaient lancer le commandant de la nouvelle république.
Une première salve de semonce passa au dessus du navire impérial, puis une seconde qui frôla son étrave. Le navire continua sur son élan complétant son changement de bord. Il lui faudrait de longues minutes pour modifier sa trajectoire. C’était un combat de Titan. Priver d’escorte et de vaisseaux plus légers en support, l’affrontement tournerait en faveur du Minmatarr qui pouvait compter sur ses drones. Restaient à savoir s’il résisterait assez longtemps pour voir la fin du combat. Les vaisseaux Amar était pourvu d’un blindage d’une qualité bien supérieure à ceux de la république.
« Nous ne somme plus lock par les Amarr Monsieur »
Un sourire de soulagement parcouru la salle.
« Annuler l’évacuation et préparer l’abordage »
Il venait de sauver sa station. Il fallait maintenant sauver sa carrière. Une nouvelle bataille à livrer. Il sortit de la salle d’un pas décider fonçant vers son bureau. Il avait du travail en perspective.