Chapitre IV: Puerto Esperanza (partie I)

Publié le par Oceanis


Le navire dérivait dans l’espace.
Il faisait froid. Du givre couvrait les hublots et les parois d’aciers.
Sur la passerelle, seuls quelques écrans éclairaient les corps inanimés, recroquevillés sur les sièges.

Indifférents à la condition des humains, les ordinateurs du Blackjack continuaient leur réinitialisation. Chaque nouveau système en ligne insufflait un peu de vie au vaisseau.

Les systèmes de navigation avaient été les premiers à reprendre du service, calculant avec frénésie la position du croiseur, lançant des instructions aux systèmes de pilotage encore inactifs. Peu à peu, les consoles de la passerelle s’éclairaient, des voyants et alarmes commençaient à clignoter.

Le Blackjack était capable de survivre sans équipage. Le cerveau central prenait en permanence des décisions qui sauvegardaient l’intégrité de ses systèmes. Il décida par exemple de monter la température intérieure de quelques degrés pour éviter l’obstruction de certain système secondaire d’évacuation de liquide. Même inutile à sa condition de machine, ses systèmes faisaient partie de son cadre de contrôle aussi devait-il les protéger. Bien entendu, il agissait par priorité, équilibrant disponible entre les fonctions qui revenaient en ligne. En l’absence des systèmes de pilotage, il décida de s’occuper des systèmes secondaires d’eau, ce qui sauva par la même occasion les quatre humains.

Oceanis fut la première à reprendre connaissance.
Elle n’ouvrir pas directement les yeux.
Comme les calculateurs du Blackjack, ses sens reprenaient peu à peu le contrôle de son corps. Un par un, consommant ses maigres réserves d’énergie.

D’abord l’ouïe.
Elle perçu le ronronnement des générateurs, le bourdonnement des calculateurs. Son navire chantait. Pas encore un concert symphonique mais plutôt une berceuse lente et rassurante.

Le toucher prit le relais. Elle ne sentait pas grand-chose. Juste le froid qui lui mordait la peau. Ses mains étaient insensibles tout comme ses pieds. La température était extrêmement basse, probablement en dessous des zéros degrés. Son cerveau assimila l’information : le navire était toujours en cours de réinitialisation à moins qu’il n’ait subi de graves avaries durant le « warp ». Elle classa la donnée et pensa rapidement aux actions à prendre d’urgence.

Son odorat ne détectât rien. Il n’y avait rien à sentir. C’était un univers glacé qui tuait les odeurs. Pas d’incendie ni de fumée. Cela la rassura.

Elle ouvrit enfin les yeux et balaya la passerelle du regard.
Il faisait sombre. L’éclairage rouge d’urgence diffusait une lumière douce qui se mélangeait aux reflets verdâtres des moniteurs ou défilaient des colonnes de chiffres.
Le Blackjack vivait et travaillait.

Elle tourna la tête et aperçu les vagabondes recroquevillées dans leur sièges. Inconscientes elles aussi, peut-être mortes.
Elle détacha sa ceinture et se leva péniblement.
Elle fit quelques pas hésitants.
Sa tête tournait et elle tremblait de froid. Ses dents claquaient, ses mains insensibles essayèrent de décrocher le sac toujours accroché à sa ceinture. Elle jura et abandonna se contentant de le tirer derrière elle.

Elle s’approcha des deux femmes et vérifia leur pouls. Elles vivaient et se réveillèrent presque ensemble. A la différence d’Oceanis, elles se précipitèrent dans la réalité avec de grands gestes et un flot de paroles que la jeune pilote ignora.

Priorité.
Toujours les priorités.
La voix de Nicky la guidait à travers les consoles, ses doigts gelés s’activant péniblement sur les interrupteurs et les touches des claviers. Cela lui prit une trentaine de minutes pendant lesquelles les vagabondes continuèrent de parler, de bouger, sautant sur place pour vaincre le froid qui peu à peu devenait plus supportable. Les chauffages s’étaient remis en route pulsant des flux d’air chaud à travers la passerelle.

Elle avait eu de la chance. Le Blacjack semblait en parfait état, dérivant tranquillement à la limite du système solaire. Aucune station à proximité, aucun navire sur les radars. Elle était seule.
Pas pour longtemps.
Les « probeurs » des navires de guerres allaient entrer en action et les localiseraient très vite. Une question d’heures. Peut-être moins.

« Ou sommes nous ? »

Océanis activa un plan de la région, montrant du doigt la position du navire. La question n’était plus la position actuelle mais surtout où aller. Immobile le navire était une cible facile. Il fallait bouger.

Elle programma rapidement les paramètres d’un autre « warp » cette fois avec plus de précaution, laissant les calculateurs s’occuper de l’alignement et des coordonnées. Il fallait maintenant sauter, échapper aux hordes de « probeurs » lancées a ses trousses. Le Blackjack ne se déplaçait pas assez vite pour échapper aux sondes, il allait donc lui falloir utiliser le« warp » et bouger par petits bonds qui rendraient le travail des sondes presque impossibles. Une technique courante utilisée par les contrebandiers. L’idée consistait à ne rester qu’un minimum de temps entre deux « warp » ne laissant pas le temps aux sondes de terminer leur triangulation.

« Asseyez-vous », ordonna-t-elle en s’installant sur son propre siège, ceinture et harnais bouclé. Elle n’avait pas le temps de descendre dans son « POD », elle se sentait faible et lente face aux machines qui travaillaient à une allure qui dépassait ses propres sens. Elle rêvait de se laisser couler dans le liquide du POD, de sentir l’âme de son navire la parcourir, de s’unir avec la machine.

Le croiseur vira lentement. Elle écouta avec satisfaction le ronronnement des machines et les vibrations familières de son navire. Pris en main par les ordinateurs de pilotage et de navigations, le Blacjack s’aligna sur un point virtuel et accéléra rapidement pour plonger en « warp ».

La longue course commençait.



 

Merci à Alvin Exe pour son aide aussi précieuse qu'instructive qui me guide dans les méandres de la langue française.

 

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