Lundi 5 octobre 2009




Les soldats Minmatarr avaient envahis la station. Engoncés dans leurs armures de combats, ils avaient pris position sur les docks, contrôlés les coursives et occupés une bonne partie du centre d’opération.

Impuissant, le directeur les regardait fouiner dans les ordinateurs, copiant les fichiers et scannant les banques de données. Heureusement, comme tout les contrebandiers, ils avaient pris soin d’effacer les traces d’opérations compromettantes : ventes d armes illégales, drogues ou même marchandises non déclarées. Les procédures étaient prêtes et il n’avait eu qu’à les exécuter avant le débarquement des troupes de la république.

Pour la centième fois, les experts du navire de guerre visualisaient la vidéo du croiseur ravageant les docks, ils écoutaient les enregistrements des conversations et les réactions des équipes de contrôleurs.

« Vous avez donné l’ordre de la laisser passer », répéta le commissaire, stoppant l’enregistrement à cet endroit précis.

« J’ai fait ce qu’il fallait pour sauver ma station et par la même occasion votre navire. Si ce croiseur avait heurté les portes nous l’aurions tous suivi en enfer »

Le soldat ne dit rien, se contentant de continuer à visualiser la scène. Il avait pris place derrière son propre bureau, fouillant dans ses effets personnels. Il avait longuement examiné une photographie de sa fille, puis avait lu plusieurs messages intimes qui étaient restés sur sa messagerie.

« Un vaisseau pirate ? »

Le directeur secoua la tête.

« Pas que je sache. Le manifeste fait référence à un simple croiseur logistique de classe T 2. Un Basilisk. Un navire de réparation. Apparemment le navire avait besoin d’un ravitaillement. Les pirates n’utilisent pas souvent ce genre de vaisseau à ma connaissance. »


« Visiblement ils ont commencés, sinon comment expliquer-vous ce départ précipité ? »

Le directeur haussa les épaules.

« Rien ne prouve que cela soit sur décision du pilote. Vous avez vu les enregistrements. Des bandes de vagabondes ont attaqués mes gardes et se sont introduits dans le navire. J’ai perdu quatre hommes. Le propriétaire à pu simplement être pris en otage. Quoiqu’il en soit Capitaine, rien ne me permettait de penser ni même soupçonner ce navire. Pour moi c’était un simple naviguant en escale. Rien d’autre. »

Un militaire entra dans la pièce et murmura quelques mots à l’oreille de son supérieur. Celui-ci approuva et lui répondit de la même façon avant de le congédier.

« Votre simple naviguant est en train de nous échapper. Nous n’arrivons pas à le localiser. Pourtant il n’a pas pu franchir la porte de saut, nos navires y ont pris position. »

« Que voulez-vous que j’y fasse, il a pu simplement exploser pendant le « warp », percuter une planète ou un astéroïde. Sans système de navigation cela serait un miracle qu’il soit toujours en vie »

« Possible », fit-il en tapotant sur le clavier du terminal. « Dans ce cas là nous retrouverons l’épave. »

Il garda le silence pendant plusieurs minutes, faisant défiler des informations sur l’écran.

« D’après vos relevés le pilote n’avait pas payé ses factures. »

Le directeur soupira. Il avait lui aussi vérifié les données du commandant. Une certaine Oceanis Sol, un nom inconnu dans la station, naviguant pour le compte d’une corporation basée dans Syndicate : une région dangereuse infestée de pirates. Il n’était pas dupe et savait qu’il s’agissait probablement d’un simple écran pour masquer des activités de contrebande. Puerto Esperanza n’était pas regardante sur la provenance des navires. Le pilote n’avait en effet pas payé ses frais de dock, mais cela était loin d’être inhabituel. Dans tout les cas, la somme était dérisoire comparée aux milliards d’isk que brassait la station chaque jour. Oceanis correspondait parfaitement au type de voyageur qu’accueillait chaque jour Puerto Esperanza : des marginaux, vagabonds et contrebandiers venus écouler leurs marchandises. Rien qui justifiait ce subit intérêt des autorités.

« Capitaine….si vous me disiez plutôt ce que vous cherchez vraiment », laissa-t-il tomber. « Peut-être serais-je en mesure de vous aider »

Le militaire leva les yeux, examinant l’homme qui se trouvait devant lui. Lui aussi savait à qui il avait affaire et cela ne le gênait nullement. Comme la plupart de ses compatriotes ils avaient une âme de contrebandier, cela faisait partie des coutumes des clans Minmatar.

« Soit…. »

Il se leva et fit signe au directeur de reprendre place à son bureau.

« Nous avons intercepté un message d’une patrouille Amarr, faisant référence à un artefact. Le message a été émis de votre station à destination d’un navire Imperial.


« Sans doute des trois officiers que nous avons arrêté. De quel genre d’artéfact parlons-nous ? »

« Nous n’en savons rien, mais quelque chose d’assez important pour déplacer un vaisseau de classe capitale »

Il ne mentait pas.

« Peut-être devriez vous interroger les prisonnières dans ce cas »

« C’est en cours. Mais je doute qu’elles possèdent l’artéfact, sinon elles seraient reparties avec. »

« Non, mais elles savent peut-être ce qu’est l’artefact et qui le détient »

Il marqua une pause. Le ton avait changé. Le militaire avait besoin de son aide. Une chose était d’accéder aux terminaux, une autre de pouvoir faire le tri dans les données que stockait en permanence l’ordinateur central.

« Savez-vous ce qu’elles ont fait depuis leur débarquement ? »

« Bien entendu », fit-il en souriant, marquant lui aussi une pause. « Nous contrôlons nos voyageurs de marque ».

Une imprimante encastrée dans le bureau cracha un listing.

« Lisez ceci »

Le militaire ramassa le rapport. L’information venait des multiples systèmes de surveillance de la station. Les images des caméras, les micros et les rapports du personnel de surveillance étaient synthétisés par la machine, résumés quelques pages. Il les avait lui-même lues de nombreuse fois sans pouvoir arriver à une conclusion.
Les trois officiers s’étaient intéressés à un navire de contrebande dont le capitaine avait été retrouvé mort dans une coursive. Ensuite, elles s’étaient rendues chez un receleur notoire qui lui aussi avait été assassiné pendant une fusillade. Un enchainement qui avaient déclenchés toutes les alarmes et avait mené à leur arrestation. La station avait parfaitement réagi et les systèmes de sécurité s’étaient avérés efficaces.

Elles cherchaient l’artéfact et visiblement elles ne l’avaient pas trouvé.. Cette partie de l’histoire cadrait avec les faits. Il entra le nom d’Oceanis Sol et attendit quelques minutes. Ce nom lui était encore inconnu quelques plus tôt et manquait à l’équation.
La machine calculait à nouveau puisant dans ses banques de données, recoupant l’information. Un seul nom apparut : L’Alentar. Une frégate de type probe, le navire du capitaine assassiné. La jeune pilote y avait travaillé, effectuant plusieurs opérations de maintenance dont une sortie dans l’espace.

« Vous avez découvert quelque chose ? » demanda le militaire en remarquant le changement d’expression sur son visage.

Il tourna le moniteur vers l’officier, montrant du doigt le nom du vaisseau.

« Le lien manquant. Il est temps que nos trois invitées nous en disent plus je crois »

« Mes hommes sont à l’œuvre, allons voir si il y a du nouveau »

Par Oceanis - Publié dans : Eve On Line (la nouvelle) - Communauté : Space dreamers
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 29 septembre 2009


Le navire dérivait dans l’espace.
Il faisait froid. Du givre couvrait les hublots et les parois d’aciers.
Sur la passerelle, seuls quelques écrans éclairaient les corps inanimés, recroquevillés sur les sièges.

Indifférents à la condition des humains, les ordinateurs du Blackjack continuaient leur réinitialisation. Chaque nouveau système en ligne insufflait un peu de vie au vaisseau.

Les systèmes de navigation avaient été les premiers à reprendre du service, calculant avec frénésie la position du croiseur, lançant des instructions aux systèmes de pilotage encore inactifs. Peu à peu, les consoles de la passerelle s’éclairaient, des voyants et alarmes commençaient à clignoter.

Le Blackjack était capable de survivre sans équipage. Le cerveau central prenait en permanence des décisions qui sauvegardaient l’intégrité de ses systèmes. Il décida par exemple de monter la température intérieure de quelques degrés pour éviter l’obstruction de certain système secondaire d’évacuation de liquide. Même inutile à sa condition de machine, ses systèmes faisaient partie de son cadre de contrôle aussi devait-il les protéger. Bien entendu, il agissait par priorité, équilibrant disponible entre les fonctions qui revenaient en ligne. En l’absence des systèmes de pilotage, il décida de s’occuper des systèmes secondaires d’eau, ce qui sauva par la même occasion les quatre humains.

Oceanis fut la première à reprendre connaissance.
Elle n’ouvrir pas directement les yeux.
Comme les calculateurs du Blackjack, ses sens reprenaient peu à peu le contrôle de son corps. Un par un, consommant ses maigres réserves d’énergie.

D’abord l’ouïe.
Elle perçu le ronronnement des générateurs, le bourdonnement des calculateurs. Son navire chantait. Pas encore un concert symphonique mais plutôt une berceuse lente et rassurante.

Le toucher prit le relais. Elle ne sentait pas grand-chose. Juste le froid qui lui mordait la peau. Ses mains étaient insensibles tout comme ses pieds. La température était extrêmement basse, probablement en dessous des zéros degrés. Son cerveau assimila l’information : le navire était toujours en cours de réinitialisation à moins qu’il n’ait subi de graves avaries durant le « warp ». Elle classa la donnée et pensa rapidement aux actions à prendre d’urgence.

Son odorat ne détectât rien. Il n’y avait rien à sentir. C’était un univers glacé qui tuait les odeurs. Pas d’incendie ni de fumée. Cela la rassura.

Elle ouvrit enfin les yeux et balaya la passerelle du regard.
Il faisait sombre. L’éclairage rouge d’urgence diffusait une lumière douce qui se mélangeait aux reflets verdâtres des moniteurs ou défilaient des colonnes de chiffres.
Le Blackjack vivait et travaillait.

Elle tourna la tête et aperçu les vagabondes recroquevillées dans leur sièges. Inconscientes elles aussi, peut-être mortes.
Elle détacha sa ceinture et se leva péniblement.
Elle fit quelques pas hésitants.
Sa tête tournait et elle tremblait de froid. Ses dents claquaient, ses mains insensibles essayèrent de décrocher le sac toujours accroché à sa ceinture. Elle jura et abandonna se contentant de le tirer derrière elle.

Elle s’approcha des deux femmes et vérifia leur pouls. Elles vivaient et se réveillèrent presque ensemble. A la différence d’Oceanis, elles se précipitèrent dans la réalité avec de grands gestes et un flot de paroles que la jeune pilote ignora.

Priorité.
Toujours les priorités.
La voix de Nicky la guidait à travers les consoles, ses doigts gelés s’activant péniblement sur les interrupteurs et les touches des claviers. Cela lui prit une trentaine de minutes pendant lesquelles les vagabondes continuèrent de parler, de bouger, sautant sur place pour vaincre le froid qui peu à peu devenait plus supportable. Les chauffages s’étaient remis en route pulsant des flux d’air chaud à travers la passerelle.

Elle avait eu de la chance. Le Blacjack semblait en parfait état, dérivant tranquillement à la limite du système solaire. Aucune station à proximité, aucun navire sur les radars. Elle était seule.
Pas pour longtemps.
Les « probeurs » des navires de guerres allaient entrer en action et les localiseraient très vite. Une question d’heures. Peut-être moins.

« Ou sommes nous ? »

Océanis activa un plan de la région, montrant du doigt la position du navire. La question n’était plus la position actuelle mais surtout où aller. Immobile le navire était une cible facile. Il fallait bouger.

Elle programma rapidement les paramètres d’un autre « warp » cette fois avec plus de précaution, laissant les calculateurs s’occuper de l’alignement et des coordonnées. Il fallait maintenant sauter, échapper aux hordes de « probeurs » lancées a ses trousses. Le Blackjack ne se déplaçait pas assez vite pour échapper aux sondes, il allait donc lui falloir utiliser le« warp » et bouger par petits bonds qui rendraient le travail des sondes presque impossibles. Une technique courante utilisée par les contrebandiers. L’idée consistait à ne rester qu’un minimum de temps entre deux « warp » ne laissant pas le temps aux sondes de terminer leur triangulation.

« Asseyez-vous », ordonna-t-elle en s’installant sur son propre siège, ceinture et harnais bouclé. Elle n’avait pas le temps de descendre dans son « POD », elle se sentait faible et lente face aux machines qui travaillaient à une allure qui dépassait ses propres sens. Elle rêvait de se laisser couler dans le liquide du POD, de sentir l’âme de son navire la parcourir, de s’unir avec la machine.

Le croiseur vira lentement. Elle écouta avec satisfaction le ronronnement des machines et les vibrations familières de son navire. Pris en main par les ordinateurs de pilotage et de navigations, le Blacjack s’aligna sur un point virtuel et accéléra rapidement pour plonger en « warp ».

La longue course commençait.



 

Merci à Alvin Exe pour son aide aussi précieuse qu'instructive qui me guide dans les méandres de la langue française.

 

Par Oceanis - Publié dans : Eve On Line (la nouvelle)
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 21 septembre 2009


Le directeur de la station déboula dans le local des contrôleurs de vol. Le chaos était total et les opérateurs hurlaient devant leurs terminaux regardant impuissants la course folle du croiseur. Personne ne se risquait à sortir un navire en manuel, l’espace était trop étroit pour manœuvrer sans l’aide des systèmes de guidage qui fournissaient les données aux ordinateurs de vol.

 

Un des contrôleurs hurlait dans son micro, essayant de contacter le pilote du navire Caldari qui ravageait les docks. Si ce dernier percutait la coque et explosait, toute la station pouvait se désintégrer en un ultime feu d’artifice, entrainant probablement dans sa course les deux immenses navires de guerre.

 

Avec horreur, il entendit les ordres du directeur de la sécurité qui ordonnait d’ouvrir le feu sur le vaisseau. Une réaction de militaire. Les chances de provoquer des dégâts au  navire étaient faibles mais cela ne faisait qu’ajouter de la pression au pilote. A ce stade, la seule chose qu’il désirait était de voir disparaître le navire hors de sa station.

 

« Ouvrez la baie et laissez sortir ce crétin », hurla-t-il dans la panique qui régnait parmi les opérateurs. « Il va tout faire exploser »

 

Les contrôleurs sautèrent littéralement sur leurs claviers pianotant comme des malades. Encore un des mystères de la technologie. Ouvrir ou fermer un sas comportait une série de procédure à parcourir ce qui laissait largement le temps au croiseur de ravager les quais.

 

Le visage blanc comme de la craie, il regarda le pilote aligner son engin face à la baie. A la vitesse ou celle-ci se refermait, il n’avait aucune chance de passer. C’était la fin. Le vaisseau inclina légèrement son étrave, la flamme des réacteurs devint plus intense et il bondit vers l’avant juste au moment ou les signaux de fermeture du sas passaient au vert. L’immense porte d’acier s’immobilisa laissant passer le minuscule navire entre ses dents.

 

Sur les écrans extérieurs, ils suivirent sa course entre les navires de guerre pour enfin le voir disparaître avec soulagement parmi les étoiles.

 

Le danger était loin d’être passer. Le kamikaze avait à peine disparu que les batteries des navires de guerre se tournèrent vers la station. Le silence était total parmi les opérateurs qui regardaient avec effroi les deux « capital ship » prendre position. Une seule salve pouvait les désintégrer.

 

« Opérateur combien de temps avons-nous ? »

 

Il s’adressa en particulier à un jeune type qui semblait avoir gardé un peu plus de faculté que les autres. Les mains tremblantes, il pianota sur son clavier et lança d’une voix étonnamment ferme.

 

« Environ sept minutes Monsieur. Les deux navires s’éloignent de la station afin de ne pas être pris dans l’explosion. Ils vireront ensuite par tribord pour aligner leur canons. Cela prendre environ trois minutes de plus. Ils peuvent évidement envoyer leur drones », laissa-t-il tomber.

 

Un décompte s’afficha sur l’horloge centrale. Les chiffres reculaient à toutes vitesses comptant les secondes avec sadisme.

 

« Ils n’oseront jamais nous tirer dessus », souffla chef de la sécurité.

 

Le directeur ricana.

 

« Je n’en serais pas si certain »

 

Il se tourna vers l’opérateur qui attendait de nouvelle instruction.

 

« Lancez le signal d évacuation de la station. Tout le monde aux chaloupes de sauvetages. »

 

Le contrôleur parla dans son micro et le directeur imagina parfaitement le signal d’évacuation qui devrait maintenant résonner dans l’ensemble de la station. C’était une mesure standard de sécurité et tous les habitants la répétaient de manière régulière. Quand le jeune homme eut terminé il s’adressa à lui à nouveau.

 

« Contactez les deux capitaines maintenant »

 

« Bien Monsieur »

 

Le visage fermé de l’Amarr apparut en premier sur l’écran de gauche, suivit par celui plus expressif du Minmatarr. Ce qu’il lut dans le regard de son compatriote le fit frissonner : Les yeux du Brutor étaient envahis par la colère.

 

« Vous avez désobéi à mes ordres Directeur », annonça la voix neutre de l’Amarr.  « Un vaisseau vient de sortir de la station »

 

« Nous n’avons pas pu l’empêcher Capitaine. Ce navire est sorti en manuel sans aucun système de navigation actif. Notre baie prend du temps à se fermer », répondit-il d’une voix qui se voulait aussi forte que possible.

 

« Les ordres de la nouvelle république étaient clairs. Aucun navires ne devaient sortir », déclara le Minmatarr essayant de reprendre le contrôle de la situation. « Nous allons procéder à la destruction de la station. Vous êtes considéré comme une base abritant des pirates. Nous avons l’autorité et le droit d’ouvrir le feu. »

 

« C’est une folie capitaine. Nous ne pouvons être tenu responsables de la présence d’un navire pirate dans notre station. Rien ne nous permettait de penser que ce croiseur en était un. Il nous a pris par surprise »

 

Une série d’alarme résonnèrent à nouveau dans la salle de contrôle. D’un geste de la main, le directeur les fit taire.

 

« Nous sommes locker par le navire Ammar Monsieur ».

 

Sa voix n’était plus qu’un murmure.

 

« Capitaine ! », cria-t-il. « Votre navire vient de nous prendre pour cible. Vous n’avez aucun droit d’intervenir en territoire de la nouvelle république »

 

Il jeta un œil sur le décompte qui affichait quatre minutes.

 

Les alarmes résonnèrent à nouveau dans la salle, allumant des dizaines d’écran de contrôle.

 

« L’autre navire vient de nous prendre aussi pour cible Monsieur »

 

Le directeur sentit ses jambes se dérober. Les navires de guerre allaient pulvériser sa station. Aucun des deux ne pouvaient perdre l’initiative ni la face. Ce n’était plus une question de nécessité mais simplement d’apparence. L’ultimatum avait lancé un processus irrévocable. Le navire Minmatarr allait essayer de reprendre l’initiative sur celui des Amarr.

 

« J’ai besoin du code de guerre. Section piratage. Vite »

 

Il leva la tête pour regarder le décompte des chiffres.

 

Les écrans furent envahis par une série de textes qui défilaient à toute vitesse.

 

« Cherchez quelque chose en relation avec la reddition. Vite ! »

 

« Le Capital Ship Amarr vient de commencer à virer Monsieur. Par tribord comme prévu »

 

Sur l’écran principal, entre les deux images des capitaines, la silhouette menaçante du navire de guerre emplit l’espace.

 

« Article 43 Monsieur », cria une femme au fond de la salle. « Je bascule vers votre moniteur Monsieur »

 

Le directeur hocha la tête. Il n’était certes pas un combattant mais il était décidé à lutter pour la survie de sa station. Au cours de sa longue carrière, il avait appris qu’il y avait de nombreuses armes qu’il pouvait utiliser. Il lut rapidement le texte, un texte qu’il connaissait en partie. Comme tous les commerçants, ils avaient étudié le droit. Une porte de sortie venait de s’ouvrir, il ne restait plus qu’à manœuvrer les capitaines.

 

« 2 minutes trente Monsieur »

 

« Communication avec les deux capitaines simultanément. Audio et visuel »

 

Il fixa la caméra et d’une voix calme déclara :

 

« Capitaine, conformément à l’article 43 de la nouvelle république nous vous signifions la réédition de Puerto Ezperanza. Nos systèmes de défenses sont désactivés et nos baies seront ouverte aux navires de la république d’ici environ trente secondes. Nous venons d’envoyer notre message sur toutes les fréquences du secteur et en direction de la république. »

 

Le Brutor fixa la camera un instant puis son image disparu des écrans.

 

« Deux minutes »

 

« Tout le monde est à bord des chaloupes ? »

 

« Les chaloupes sont pleines. »

 

Le directeur soupira. Il ne se faisait aucune illusion, il n’y avait pas de place pour tout le monde.

 

L’image du Minmatar revint en ligne.

 

« Votre réédition est acceptée, préparez vous a être abordé »

 

Il cacha difficilement un sourire. Une des menaces venaient d’être écartée.

 

« Capitaine. Je dois vous avertir que nous sommes pris pour cible par un navire de la flotte impériale. Nous possédons à notre bord trois prisonniers de cette même flotte accusés de meurtres et de piratage. Nous demandons votre assistance »

 

« Reçu Puerto Esperanza nous nous occupons du navire hostile. Continuez avec la procédure d’abordage »

 

Le Minmatarr venait de reprendre l’initiative avec un excellent prétexte de s’en prendre aux Amarr qu’il haïssait plus que tout. La station venait de lui ouvrir le champ pour affronter l’autre capital ship.

 

Les deux écrans disparurent en même temps. Le « capital » de la république lâcha une armée de drones qui foncèrent vers le navire Impérial, se plaçant immédiatement en orbite. Bien que moins létal que les lasers Amarr, la vitesse des drones les rendaient pratiquement invulnérable à l’armement lourd de l’immense vaisseau de guerre.

 

« Une minute »

 

« Préparez vous à évacuer dans 40 secondes »

 

Le navire Amarr continuait de virer. Les canons Minmatar étaient maintenant pointer vers lui. Le directeur devenait les ultimatums que devaient lancer le commandant de la nouvelle république.

 

Une première salve de semonce passa au dessus du navire impérial, puis une seconde qui frôla son étrave. Le navire continua sur son élan complétant son changement de bord. Il lui faudrait de longues minutes pour modifier sa trajectoire. C’était un combat de Titan. Priver d’escorte et de vaisseaux plus légers en support, l’affrontement tournerait en faveur du Minmatarr qui pouvait compter sur ses drones. Restaient à savoir s’il résisterait assez longtemps pour voir la fin du combat. Les vaisseaux Amar était pourvu d’un blindage d’une qualité bien supérieure à ceux de la république.

 

« Nous ne somme plus lock par les Amarr Monsieur »

 

Un sourire de soulagement parcouru la salle.

 

« Annuler l’évacuation et préparer l’abordage »

 

Il venait de sauver sa station. Il fallait maintenant sauver sa carrière. Une nouvelle bataille à livrer. Il sortit de la salle d’un pas décider fonçant vers son bureau. Il avait du travail en perspective.

Par Oceanis - Publié dans : Eve On Line (la nouvelle) - Communauté : Space dreamers
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 17 septembre 2009


Oceanis émergea dans le chaos des sirènes.

Elle avait rêvé de vaisseaux et d’espace, de liberté et de mort.

Elle ne distinguait plus ce qui était réel, de ce qui faisait partie de ses cauchemars. Autour d’elles des formes se mouvaient, dansant dans les lumières stroboscopiques des alarmes. Elle voyait des visages déformés par la peur, des traits livides, jaunis par la couleur des flashs qui leur donnaient des airs de spectres ambulants.

 

Elle bondit sur ses pieds, plus par reflexe que par volonté.

Elle fallait bouger.

Toujours bouger.

Elle regarda autour d’elle, essayant de comprendre ce qu’il se passait. Dans un vaisseau il y a toujours un protocole, une liste d’actions d’urgences, un chemin à travers les clignotants des alarmes et les tableaux de bords scintillants. Ici, il n’y avait rien ; juste le chaos et les cris de terreurs qui résonnaient sous le dôme de la cathédrale d’acier.

 

Elle était toujours perchée sur sa montagne de containers à plus de trente mètres des quais. En dessous d’elle, elle voyait les flux de la foule, les courants humains qui convergeaient vers les portes de sortie. Une voix métallique débitait des instructions incompréhensibles totalement recouverte par les cris des spatiaux, par le hululement infernal des sirènes.

 

Bouger.

Elle ramassa son sac, l’attacha à sa ceinture.

Le camp avait disparu et les femmes qui l’entouraient lançaient leur grappins, déroulaient des cordes vers le sol avant de sauter dans le vide, attachées à leur fil comme des araignées, voltigeant d’une montagne à l’autre en direction du sol.

Comme pour monter, elle sentit qu’on la prenait en charge et elle s’envola, maintenue fermement pas une inconnue qui poussait des cris aigus qui se mêlaient au chaos ambiant.

 

La tribu se déplaçait à toute vitesse, rasant parfois la foule, pour ensuite remonter dans les hauteurs afin de trouver un nouveau chemin à travers la forêt de métal.

 

« Que se passe-t-il ? », hurla Océanis.

 

Son escorte ne répondit pas, se contentant de montrer du doigt l’immense baie des docks qui se refermaient dans un grondement infernal. La station scellait les accès à l’espace, empêchant les vaisseaux d’entrer et sortir.

Alors qu’elles passaient au dessus d’une des écoutilles d’accès, elles aperçurent des militaires qui prenaient possession des quais, repoussant sans ménagement la foule vers les sorties.

 

« Partir…Partir… », hurla la fille.

 

Elle avait l’impression de voler, d’être libérée de l’apesanteur. Elles remontèrent vers les hauteurs jusqu'à pratiquement toucher  la coque. Les grappins s’accrochaient aux structures métalliques, passaient d’un point à l’autre, lancés avec dextérité par les membres de la petite tribu. La moindre erreur les aurait propulsés dans le vide, à plus de deux cent mètres en contrebas.

 

Elles finirent par redescendre, utilisant des conduites de fuel, des câbles ou simplement les structures de la coque.

 

« Partir.. », cria à nouveau la fille, cette fois en pointant son doigt vers un navire.

 

Oceanis reconnu immédiatement le Blackjack. Le croiseur Caldari flottait dans son puits, sombre et froid, presque mort.

 

« Partir..Partir »

 

Elle courait cette fois sur les docks, fonçant vers la passerelle d’embarquement. Elle entendit des hurlements et des cris. Des militaires leur barrèrent le passage, pointant leur fusil.

 

Cela sentait la peur. La confusion. Les sirènes hurlaient toujours dans l’hiver infini des docks. Elles ne passeraient pas. Ils allaient faire feu.

 

Oceanis sentit qu’on la tirait vers le haut, elle ricocha contre un mur. Dans un même temps, un groupe de femmes fondit sur les gardes en poussant des hurlements stridents, les rouant de coup. Elle retomba sur le sol, roula sur elle-même. Les gardes étaient maintenant derrière elle, aux prises avec le gros de la tribu.

 

On la poussa vers l’avant.

 

Elles n’étaient plus que trois. Elles gravirent la passerelle en courant et elle pianota fébrilement son code d’entrée.

 

Le sas s’ouvrit sans un chuintement. Elle regarda derrière elle.

Les gardes se battaient toujours, la foule courait vers les sorties. La station était prise de folie.

 

La porte se ferma et l’obscurité s’abattit.

Ses doigts trouvèrent naturellement les commutateurs et les lampes de secours illuminèrent les coursives glacées du blackjack.

 

Elles se dirigèrent vers la cabine de pilotage. Les trois filles la suivaient en murmurant. Elles semblaient effrayées, impressionnées. Elle ne pensa même pas à demander ce qu’elles faisaient là. Elle ne dit rien se contentant d’activer le peu de système encore sous tension. Des reflexes de spatiaux.

 

« Partir », hurla une des filles en pointant la baie qui se refermait lentement devant elle.

 

Océanis éclata de rire.

 

« Partir. Impossible petite. Sans système de navigation, sans énergie on ne peut aller nulle part. Les ordinateurs de navigation ne sont pas actifs, rien pour calculer notre route. Il faut au moins un cycle pour tout remettre un minimum de système en ligne »

 

La vagabonde pointa du doigt les systèmes manuels. Oceanis secoua la tête en signe de négation. Personne ne pilotait un navire de cette taille sans l aide des ordinateurs. Les calculateurs rectifiaient automatiquement les changements de propulsions, calculaient des routes sans compter qu’ils guidaient le navire pendant le warp, évitant ainsi d’immerger au milieu d’une super nova ou d’une planète.

 

Les deux filles s’étaient installées dans les sièges de la cabine, sanglées dans leur harnais, les yeux fixés sur la porte qui se refermait, leur coupant le chemin de l’espace. A l’extérieur, les alarmes hurlaient toujours et les voix monocordes des opérateurs annonçaient le countdown qui passerait les docks en zone rouge. Plus de gravité, ni d’oxygène. Pour une raison qu’elle ignorait la station avait décidé d’empêcher les accès aux navires. Ils faisaient le vide.

 

La vagabonde lui secoua le bras pointant du doigt le passage vers l’espace. Son visage montrait des signes de peurs. Une fois le sas refermé, elle n’aurait plus aucune chance de se cacher, les gardes visiteraient chaque vaisseau et on les trouverait à bord. Son vaisseau serait confisquer pour dettes non payées et elle risquait d’être arrêtée pour l’attaque des gardes. Il n’y avait pas d’avenir plus sombre pour un naviguant que de se retrouver cloué au sol comme un vulgaire rampant. Dans l’espace, enfermée dans son « POD »elle était un demi-dieu, immortelle, capable de prouesse infinie. Sur terre, elle ne valait pas plus que les techniciens des docks, les clochards qui hantaient les coursives obscures des stations périphériques. Il y avait décidément bien pire que de mourir aux commandes de son navire.

 

Ses doigts voltigèrent sur la console du blackjack  réactivant les systèmes manuels de navigation qui donnèrent un peu de couleur à la cabine. Certains écrans revinrent à la vie, des écrans que plus personne n’avait regardé depuis des générations, depuis que les « POD » et les ordinateurs avaient pris le contrôle des navires. Le blackjack avait été construit avant cette époque et transformer par la suite pour profiter de la technologie Juvienne.

 

Elle poussa la commande des gaz et tira doucement le manche vers elle. Le croiseur s’éleva brusquement au dessus de son bassin, roulant de tribord à bâbord. Elle actionna les systèmes de stabilisation et régula le roulage tout en continuant de faire pivoter le navire. La proue du croiseur percuta une grue de chargement qui s’effondra sur le quai dans un silence maintenant presque complet. Sans oxygène, les docks étaient devenus silencieux. Elle serra les dents. Le vaisseau était maintenant au dessus des quais, décrivant une boucle incertaine, les flammes de ses réacteurs carbonisèrent les échoppes des vendeurs ambulants.

 

Les deux vagabondes poussaient des gémissements, serrant les accoudoirs de leurs sièges comme si leur vie en dépendait. Oceanis les ignora, concentrée sur sa tâche, les yeux fixé sur la baie qui se refermait inexorablement. D’ici quelques secondes, l’ouverture serait trop étroite pour laisser passer le blackjack.

 

Le nez du croiseur s’abaissa légèrement et le navire se stabilisa quelques secondes, ses moteurs grondant dans le silence absolu des quais. Elle lâcha une bordée d’injure, pensa fugitivement à Nicky et aux autres contrebandiers et poussa brusquement la manette des gaz. Le blackjack bondit vers l’avant, les flammes de ses réacteurs pulvérisant les structures des quais. Du coin de l’œil, elle aperçu un groupe de militaires en scaphandre qui déboulaient dans le dôme ouvrant le feu sur le navire. Ils furent aussitôt transformés en particule d’énergie.

 

Le croiseur traversa le dôme à toute vitesse, accélérant de toute la puissance de ses vieux moteurs. Oceanis garda  les yeux sur l’étroit passage que lui offrait encore la baie. Cela ne dura que quelques centième de secondes que son cerveau décomposa en une série de flash statiques qui allumèrent les alarmes de son cerveau de pilote. Le blackjack de son coté hurlait aussi sa panique à travers de ses systèmes qui clignotaient désespérément dans la semi obscurité du cockpit.

 

Le navire se faufila entre les dents d’aciers de la baie et déboula dans l’espace comme un missile, tournant sur lui-même, crachant du le feu de tout ses réacteurs. Minuscule, le croiseur passa entre les deux monstres qui orbitaient autour de la station, virant devant la coque du navire Minmatar provoquant la panique des alarmes anticollisions. Les batteries du navire de guerre pivotèrent sur elles même à la recherche d’une cible, mais le croiseur se révéla trop rapide pour leur système de visée prévu pour de plus gros objectif. Ils leur fallu quelques secondes supplémentaires pour lancer les drones de combats, secondes pendant lequel le Black jack passa en warp pour disparaître entre les étoiles.

Par Oceanis
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 17 septembre 2009

 



Même les demi-dieux que nous sommes on parfois besoin de vacances.

Après un déménagement de l’autre coté de l’atlantique, un changement de vie, je reviens vers un système connu à bord de mon bon vieu logistique. Cela fait du bien de voir à nouveau des étoiles connues, des voix et des visages familier.

 

C’est aussi le moment pour Oceanis de continuer ses aventures et de prendre un nouveau départ : Comme moi, elle quitte enfin la station, un peu en catastrophe (décidément elle me ressemble) et met le cap sur un nouveau destin.

 

J’espère que vous aimerez ce nouveau chapitre des ses tripulations. Chapitre que je dédie à Mo et à Nicky en pensant beaucoup à eux.

 

Bonne lecture.

 

Océanis.

Par Oceanis - Publié dans : News et commentaires - Communauté : Space dreamers
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Derniers Commentaires

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus