Les soldats Minmatarr avaient envahis la station. Engoncés dans leurs
armures de combats, ils avaient pris position sur les docks, contrôlés les coursives et occupés une bonne partie du centre d’opération.
Impuissant, le directeur les regardait fouiner dans les
ordinateurs, copiant les fichiers et scannant les banques de données. Heureusement, comme tout les contrebandiers, ils avaient pris soin d’effacer les traces d’opérations compromettantes : ventes
d armes illégales, drogues ou même marchandises non déclarées. Les procédures étaient prêtes et il n’avait eu qu’à les exécuter avant le débarquement des troupes de la
république.
Pour la centième fois, les experts du navire de guerre
visualisaient la vidéo du croiseur ravageant les docks, ils écoutaient les enregistrements des conversations et les réactions des équipes de contrôleurs.
« Vous avez donné l’ordre de la laisser passer », répéta le
commissaire, stoppant l’enregistrement à cet endroit précis.
« J’ai fait ce qu’il fallait pour sauver ma station et par la
même occasion votre navire. Si ce croiseur avait heurté les portes nous l’aurions tous suivi en enfer »
Le soldat ne dit rien, se contentant de continuer à visualiser
la scène. Il avait pris place derrière son propre bureau, fouillant dans ses effets personnels. Il avait longuement examiné une photographie de sa fille, puis avait lu plusieurs messages intimes
qui étaient restés sur sa messagerie.
« Un vaisseau pirate ? »
Le directeur secoua la tête.
« Pas que je sache. Le manifeste fait référence à un
simple croiseur logistique de classe T 2. Un Basilisk. Un navire de réparation. Apparemment le navire avait besoin d’un ravitaillement. Les pirates n’utilisent pas souvent ce genre de vaisseau à
ma connaissance. »
« Visiblement ils ont commencés, sinon comment expliquer-vous
ce départ précipité ? »
Le directeur haussa les épaules.
« Rien ne prouve que cela soit sur décision du pilote. Vous
avez vu les enregistrements. Des bandes de vagabondes ont attaqués mes gardes et se sont introduits dans le navire. J’ai perdu quatre hommes. Le propriétaire à pu simplement être pris en otage.
Quoiqu’il en soit Capitaine, rien ne me permettait de penser ni même soupçonner ce navire. Pour moi c’était un simple naviguant en escale. Rien d’autre. »
Un militaire entra dans la pièce et murmura quelques mots à
l’oreille de son supérieur. Celui-ci approuva et lui répondit de la même façon avant de le congédier.
« Votre simple naviguant est en train de nous échapper. Nous
n’arrivons pas à le localiser. Pourtant il n’a pas pu franchir la porte de saut, nos navires y ont pris position. »
« Que voulez-vous que j’y fasse, il a pu simplement exploser
pendant le « warp », percuter une planète ou un astéroïde. Sans système de navigation cela serait un miracle qu’il soit toujours en vie »
« Possible », fit-il en tapotant sur le clavier du terminal. «
Dans ce cas là nous retrouverons l’épave. »
Il garda le silence pendant plusieurs minutes, faisant défiler
des informations sur l’écran.
« D’après vos relevés le pilote n’avait pas payé ses factures.
»
Le directeur soupira. Il avait lui aussi vérifié les données
du commandant. Une certaine Oceanis Sol, un nom inconnu dans la station, naviguant pour le compte d’une corporation basée dans Syndicate : une région dangereuse infestée de pirates. Il n’était
pas dupe et savait qu’il s’agissait probablement d’un simple écran pour masquer des activités de contrebande. Puerto Esperanza n’était pas regardante sur la provenance des navires. Le pilote
n’avait en effet pas payé ses frais de dock, mais cela était loin d’être inhabituel. Dans tout les cas, la somme était dérisoire comparée aux milliards d’isk que brassait la station chaque jour.
Oceanis correspondait parfaitement au type de voyageur qu’accueillait chaque jour Puerto Esperanza : des marginaux, vagabonds et contrebandiers venus écouler leurs marchandises. Rien qui
justifiait ce subit intérêt des autorités.
« Capitaine….si vous me disiez plutôt ce que vous cherchez
vraiment », laissa-t-il tomber. « Peut-être serais-je en mesure de vous aider »
Le militaire leva les yeux, examinant l’homme qui se trouvait
devant lui. Lui aussi savait à qui il avait affaire et cela ne le gênait nullement. Comme la plupart de ses compatriotes ils avaient une âme de contrebandier, cela faisait partie des coutumes des
clans Minmatar.
« Soit…. »
Il se leva et fit signe au directeur de reprendre place à son
bureau.
« Nous avons intercepté un message d’une
patrouille Amarr, faisant référence à un artefact. Le message a été émis de votre station à destination d’un navire Imperial.
« Sans doute des trois officiers que nous avons arrêté. De quel genre d’artéfact parlons-nous ? »
« Nous n’en savons rien, mais quelque chose d’assez important
pour déplacer un vaisseau de classe capitale »
Il ne mentait pas.
« Peut-être devriez vous interroger les prisonnières dans ce
cas »
« C’est en cours. Mais je doute qu’elles possèdent l’artéfact,
sinon elles seraient reparties avec. »
« Non, mais elles savent peut-être ce qu’est l’artefact et qui
le détient »
Il marqua une pause. Le ton avait changé. Le militaire avait
besoin de son aide. Une chose était d’accéder aux terminaux, une autre de pouvoir faire le tri dans les données que stockait en permanence l’ordinateur central.
« Savez-vous ce qu’elles ont fait depuis leur débarquement ?
»
« Bien entendu », fit-il en souriant, marquant lui aussi une
pause. « Nous contrôlons nos voyageurs de marque ».
Une imprimante encastrée dans le bureau cracha un
listing.
« Lisez ceci »
Le militaire ramassa le rapport. L’information venait des
multiples systèmes de surveillance de la station. Les images des caméras, les micros et les rapports du personnel de surveillance étaient synthétisés par la machine, résumés quelques pages. Il
les avait lui-même lues de nombreuse fois sans pouvoir arriver à une conclusion.
Les trois officiers s’étaient intéressés à un navire de
contrebande dont le capitaine avait été retrouvé mort dans une coursive. Ensuite, elles s’étaient rendues chez un receleur notoire qui lui aussi avait été assassiné pendant une fusillade. Un
enchainement qui avaient déclenchés toutes les alarmes et avait mené à leur arrestation. La station avait parfaitement réagi et les systèmes de sécurité s’étaient avérés
efficaces.
Elles cherchaient l’artéfact et visiblement elles ne l’avaient
pas trouvé.. Cette partie de l’histoire cadrait avec les faits. Il entra le nom d’Oceanis Sol et attendit quelques minutes. Ce nom lui était encore inconnu quelques plus tôt et manquait à
l’équation.
La machine calculait à nouveau puisant dans ses banques de données, recoupant l’information. Un seul nom apparut : L’Alentar. Une frégate de type probe, le navire du capitaine assassiné. La jeune pilote y avait travaillé,
effectuant plusieurs opérations de maintenance dont une sortie dans l’espace.
« Vous avez découvert quelque chose ? » demanda le militaire
en remarquant le changement d’expression sur son visage.
Il tourna le moniteur vers l’officier, montrant du doigt le
nom du vaisseau.
« Le lien manquant. Il est temps que nos trois invitées nous
en disent plus je crois »
« Mes hommes sont à l’œuvre, allons voir si il y a du nouveau
»
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