Chapitre III: Puerto Esperanza (partie I)

Le directeur regardait le navire qui orbitait autour de la station. En dépit des appels insistants des contrôleurs, il restait silencieux, ignorant les instructions des autorités locales. Puerto Esperanza se trouvait en territoire Minmatars mais les Amarrs, imbus de leur puissance, se sentait chez eux, défiant avec mépris les lois de la république. Les divisions et l’instinct tribal de son peuple l’avait toujours empêché de faire face à ce peuple détestable. A peine un tiers des Minmatars vivaient dans la nouvelle république, les autres se répartissant entre les Gallentes, les Amarrs ou simplement réduis en esclavage.
Il soupira et retourna s’installer à son bureau, regardant d’un œil soucieux les informations qui défilaient sur ses écrans. Les Amarrs devenaient envahissants. Quelques heures plutôt, le conseil d’administration lui avait forcé la main et il avait du se résoudre à faire arrêter les trois officiers de la flotte qui étaient venues le menacer. La présence des trois femmes sur les lieux de deux crimes et les questions qu’elles posaient avaient agité les groupes qui contrôlaient les zones « low-sec ». Un choix difficile. Personne ne voulait de problème avec les Amarrs mais ces trois femmes de par leur présence affectaient le négoce de la station et par la même occasion les revenus des actionnaires. S’il n’arrivait pas à débloquer la situation son avenir s’annonçait sombre. Aucun cadeau ne lui serait fait. Il n’en espérait pas.
Décidé à sauvé sa position, il sortit de son bureau d’un pas rapide pour se diriger vers les zones de détention. La première chose à faire était de se débarrasser des Amarrs et de leur présence néfaste. Il devait d’abord comprendre ce que cherchaient les trois officiers dans cette histoire qui lui pourrissait la vie. Il ne croyait pas aux coïncidences et le vaisseau de guerre ne se trouvait pas là par hasard.
Il fit éruption dans la salle d’interrogatoire en essayant de prendre l’air le plus résolu possible. Ce n’était pas un homme d’action et encore moins une nature violente, mais l’idée de perdre des milliards d’isk montait considérablement son taux d’agressivité.
Les trois femmes étaient assisses au centre de la pièce, les mains entravées dans le dos et les pieds attachés à un anneau fixé dans le sol. Leurs visages impassibles se tournèrent vers lui, et il sentit leur regard glacial.
Appuyés contre la cloison métallique, deux hommes attendaient en silence. Il reconnu le visage dur des « Brutors », peuple originaire des îles de l’hémisphère sud de la planète Matars. Cette lignée, appartenant au peuple Minmatars, était réputée pour sa férocité et sa force physique, raison qui en avait fait des cibles de choix pour les Amarrs. Aujourd’hui encore, une bonne partie de leur tribu était réduite en esclavage. Si lui n’éprouvait aucune sympathie pour les trois femmes, c’est la haine qu’il lisait dans le regard des deux gardes.
« Ont-elles parlé ? », demanda-t-il, ignorant volontairement les trois prisonnières.
Les deux hommes secouèrent la tête. Il tenait chacun dans la main une matraque capable d’infliger de terrible décharge électrique et étaient visiblement impatient de s’en servir.
Il réfléchit un instant, laissant le silence s’installer. Il ne croyait pas en la violence, même si en ultime recours, il n’hésiterait pas à lâcher les deux « Brutor ». Mais avant cela, il y avait des moyens beaucoup plus efficaces face aux trois officiers Khanid.
Il s’approcha de celle qu’il se rappelait être le chef du groupe. Il resta immobile devant elle, la dominant complètement. Elle posa les yeux sur elle, soutenant son regard, le détaillant lentement. Les Amarrs étaient un peuple religieux qui se croyait supérieur aux autres. Il pouvait presque sentir l’humiliation et la colère que la femme émanait. Des vagues successives qui déferlaient du passé qui le menaçaient depuis les abimes de leur histoire commune. La paix sur dans Eve était fragile et les animosités exacerbées par une série de guerres sans pitié.
Il posa une main sur le genou de la femme dont la jupe était remontée sur les cuisses. Il la sentit tremblé de haine, son regard gris fixé sur lui comme des missiles. Il sentit la peur. Un frisson qui descendit le long de sa colonne. Les restes ataviques d’une race d’esclave face à leur maitre. Il grogna mentalement et lutta contre son instinct. Toucher la femme le rendait plus fort comme si un mur de peur s’écroulait.
« Que cherchez-vous à Puerto Esperanza Capitaine ? »
« J’espère que vous réalisez ce que vous faites », lâcha la femme d’un ton sec. « Vous défiez le royaume Khanid »
« Je ne le sais que trop bien », soupira-t-il en essayant d’ignorer la menace. « Mais vous ne me laissez pas vraiment le choix. Vous débarquez dans ma station, posez des questions et semez le trouble. Le conseil d’administration est furieux. Vous ruinez nos affaires. J’ai juste besoin de comprendre …. »
« Il n’y a rien à comprendre », siffla la femme. « Nous poursuivons un navire pirate et ce navire est dans cette misérable station.»
Le directeur sourit, laissant sa main remonté sur la jambe. La peur avait disparu. Il était un Minmatarrs, un citoyen de la nouvelle république. Il sentit revivre les liens ancestraux des clans qui depuis la nuit des temps était le centre de la civilisation Minmatarr. Cette misérable station était la sienne.
« Vous allez être accusée vous et votre équipage de meurtre. Si rien ne me fait changé d’avis, vous serez jugée et déplacée vers la le centre de notre république. Si par la suite les votres veulent entamer des procédures d’extradition libre à eux d’essayer. C’est juste long…très long. »
« C’est ridicule », siffla la jeune femme en essayant de bouger les jambes pour échapper aux mains de l’homme. « Nous n’avons tué personne. Nous ne faisons que poursuivre des pirates »
« Oui. Vous nous l’avez dit. Et ceci en territoire Minmatarr. Sans compter que le capitaine de ce navire est mort. Dois je aussi vous parler du malheureux shiplander ? Puerto Esperanza ne fait pas partie de l Empire Amarr dois je vous le rappeler ? »
L’officier éclata de rire, défiant le directeur de ses yeux gris inexpressifs. Le directeur allait répliquer quand une femme entra dans la salle. Il avait des cheveux verts hérissés comme des antennes et portait une tenue qui dévoilait les formes généreuses de son corps. L’homme regarda sa secrétaire qui lui faisait discrètement signe de sortir.
« Il y a du nouveau Monsieur…un navire de guerre Minmatar vient de se placer en orbitre »
L’homme blanchit et fonça vers son bureau abonnant les trois femmes aux gardes.
Il se sentait dépasser. Que venait faire un navire de guerre de la république, en supposant que c’était le cas, à sa station ? Les relations de Puerto Esperanza avec les autorités étaient aussi neutres que possible.
Deux membres du conseil d’administration l’attendaient dans son bureau. Il les connaissait. Le premier, Tesiak, était propriétaire d’une importante flotte de transporteurs. C’était aussi, comme pas mal de Minmatarr, un pirate et un contrebandier. La vue des deux navires de guerre le mettait très mal à l’aise. Le deuxième homme, plus âgé était un financier et surtout un receleur notoire qui avait investit une partie de sa fortune dans la restauration de la station. Ils représentaient une force puissance qui pouvait le destituer. A en juger par leur tête d’enterrement, les nouvelles ne devaient pas être bonne.
« Nous avons le commandant du navire Minmatar sur la fréquence d’approche Patron », murmura sa secrétaire visiblement impressionnée par la situation.
Le directeur hocha la tête, essayant de contrôler le tremblement des ses mains.
«Passez-le nous », souffla-t-il.
La voix du Capitaine du navire de guerre envahit aussitôt la pièce. Son visage sévère se matérialisa au dessus du bureau fixant les trois hommes qui lui faisaient face.
« Par ordre de la république nous vous demandons de ne laissez sortir aucun navire de la station. Nous vous recontacterons pour d’autres instructions.»
Le Minmatar étouffa un couinement de souffrance se ratatinant sur son siège.
« Vous avez deux heures pour vous exécuter. Tout navire qui sortira sans notre autorisation sera détruit. », ajouta l’homme avant de couper d’un geste sec la communication.
« Que pensez vous faire Hesiat’sk ? »
Le directeur leva lentement les yeux vers le contrebandier. Il semblait avoir vieilli de plusieurs années en quelques minutes. La présence d’un navire de guerre de la république allait faire fuir ses clients pendant des années. Si on soupçonnait la station de collaborer avec les autorités, Puerto Esperanza allait perdre son rôle de plaque tournante, de station limitrophe ou les lois de la nouvelle république s’appliquait avec une certaines flexibilités.
« Que voulez-vous que je fasse ? », couina-t-il. « Si je ne ferme pas les portes de la station des navires seront détruit »
« C’est peut-être du bluff », avança le financier.
« On ne déplace pas un navire de cette taille pour bluffer. Ils cherchent une chose précise, probablement la même chose que les Amarr. Et nous ne savons toujours pas quoi », grogna Tesiak.. Vous feriez bien de les faire parler. Et rapidement.