Chapitre I : Puerto Esperanza (partie 2)

Le vaisseau pirate semblait dormir au milieu de l’agitation qui régnait sur les docks. Sur le quai voisin, un groupe d’hommes engoncés dans des exosquelettes déchargeait un transporteur Caldari sous les ordres d’un contre maître qui hurlait ses ordres. L’homme était perché sur un conteneur métallique et ponctuait régulièrement ses instructions d’un flot d’injures qui remettait en cause leurs capacités reproductives. C’était l’ambiance typique de toutes les stations, un étrange mélange de fébrilité et d’agressivité.
Les trois Amarr frissonnèrent. Sans vêtement de protection la température des zones de déchargement était difficilement supportable. Le navire qui les intéressait était une frégate de type « probe », un navire Mimatarr capable de transporter une cargaison de faible volume. Trouver le vaisseau s’était révélé un jeu d’enfant. Impressionné par les uniformes, le responsable du port s’était empressé de leur indiquer la localisation exacte du navire, leur proposant même une escorte qu’elles refusèrent poliment.
A l’exception de l’éclairage de veille, la frégate ne montrait aucun signe d’activité. De longs câbles électriques partant des quais alimentaient les systèmes de survie en énergie. C’était la procédure standard pour tous les appareils non habités en attente.
Yin s’engagea sur la passerelle qui donnait accès au sas principal. Comme elle s’y attendait, celui-ci était verrouillé. Sans le code de sécurité, ouvrir l’écoutille aurait nécessité un matériel lourd dont elles ne disposaient pas. Bien entendu, elle pouvait toujours essayer de recourir au chef de station, mais obtenir des renseignements était une chose, forcer l’écoutille d’un navire de commerce, même soupçonné de piraterie, une autre. Il demanderait sûrement confirmation aux autorités de la région, ou en tout cas les avertiraient.
Déçue, elle fit demi-tour pour rejoindre le reste du groupe qui déambulait entre les conteneurs. Il y en avait des centaines, empilés les un sur les autres, provenant des quatre coins de la galaxie. De pièces de vaisseaux en passant par des produits alimentaires et du matériel électronique, tout semblaient se vendre et se négocier. Elles passèrent même à coté d’un générateur « warp » de fabrication Amarr. Bien qu’elles reconnaissaient l’engin, c’était un modèle qu’elles ne connaissaient pas. Curieuse, Tya, l’ingénieur de bord tourna autour du générateur, essayant de distinguer dans la pénombre une quelconque référence.
« Vous cherchez quelque chose ? »
Les trois militaires se tournèrent vers la silhouette qui s’avançait vers elles. Malgré le faible éclairage, elles reconnurent le contre maître qui dirigeait le déchargement du transporteur Caldari. Il devait mesurer plus de deux mètres. Son visage lacéré par une cicatrice et ses traits anguleux lui donnait un air menaçant, impression que sa voix puissante n’atténuait pas.
Yin toisa l’homme du regard, vaguement vexé du manque de respect de l’individu.
« Nous cherchons les propriétaires de ce navire », répondit-elle en montrant du doigt la frégate « probe ».
Le contremaître ne daigna même pas tourner la tête.
« Vous ne les trouverez pas dans mes conteneurs en tout cas », grogna-t-il en illuminant le générateur « warp » à l’aide d’une puissante torche électrique.
Tya se redressa, passant une main sur ses genoux pour en nettoyer la poussière. Elle cligna des yeux et observa à son tour l’homme qui se dandinait d’un pied à l’autre.
Yin ignora la remarque et demande d’une voix plus tranchante.
« Vous avez déchargé ce navire ? ».
« Je décharge tout les putains de navires de cette zone ma petite dame. Vous êtes sur mes docks », répondit-t-il en ponctuant la fin de sa déclaration d’un claquement du pied.
« Et dites à votre copine d’arrêter de tripoter mon générateur », ajouta-t-il en balançant sa lampe torche de gauche à droite.
L’officier Amarr fronça les sourcils, ses yeux légèrement bridés virant au gris. De son coté, l’ingénieur leva les mains en souriant, revenant vers le groupe.
« Vous avez vu le capitaine ? »
« Si je l’ai vu ! », rugit le colosse en baissant le faisceau lumineux vers le sol. « Je l’ai admirée vous voulez dire ! Une femme drôlement bien roulée si vous me permettez l’expression. Elle a débarqué avec un autre type. Il y a deux cycles de cela.»
« Sont-ils revenus ? »
Le docker secoua la tête.
« Non. Le vaisseau est en veille et à mon avis pour un bout de temps. »
« Vous dites cela à cause des systèmes de survie ? », demanda l’ingénieur en prenant pour la première fois la parole.
L’homme approuva vigoureusement, sortant de la poche de sa combinaison de travail une petite fiole dorée.
« Oui. En général les indépendants sont tellement pressés de repartir qu’ils ne mettent pas le navire en veille. C’est interdit mais la station ferme les yeux pour quelques cycles. Celui là en a facilement pour trois rotations, rien que pour réinitialiser les systèmes. »
« Et qu’ont-ils déchargés ? »
Le contremaître ouvrit la fiole et but rapidement une lampée après quoi il poussa un sourire de profonde satisfaction.
« Pas grand-chose. Le générateur « warp » et des caisses de petites tailles. Pas plus de trois ou quatre. Ils ont tout emmené. »
Après avoir remercié le docker et acheté son silence avec un paquet d’ « i.s.k.», les trois femmes rejoignent leur navire.
Tya se jeta sur un terminal, pianotant fébrilement sur le clavier. En tant qu’officier de la flotte, elle avait accès aux banques de données de l’Empire ou dormaient des milliers d’années d’information.
« Tu cherches quoi ?», demanda Yin vautrée dans son siège de pilote, les pieds posés sur la console de navigation. Elle avait troqué son uniforme contre une combinaison de vol de couleur noire.
«Ca », répondit l’ingénieur en montrant l’écran principal qui scintillait dans la pénombre de la passerelle.
Le capitaine bascula la vue vers son propre terminal et examina à son tour les données. C’était la fiche technique d’un navire d’attaque Ammar vieux de deux cents ans.
« Explique toi »
« J’ai relevé le numéro du générateur « warp » qui était sur le quai. Chaque générateur porte un code d’identification lié à celui du navire. Et ce générateur appartient à ce bâtiment, disparu depuis deux siècles en compagnie de trois cents autres vaisseaux de guerre. »
Le silence s’abattit pendant quelques secondes sur la passerelle du navire, seulement troublé par le ronronnement des générateurs et le bourdonnement incessant des multiples systèmes.
« C’était donc vrai… », murmura finalement le capitaine, les yeux fixé sur l’écran qui éclairait son visage impassible. « Elle l’a trouvée ».
« Soyons prudentes », remarqua Tya avec son habituelle voix calme, qui aurait pu presque paraître douce. « Du matériel de cet age ce n’est pas impossible à trouver. Il en existe encore en circulation »
Yin approuva lentement.
« Tu as raison. Il nous faut retrouver cette Caldari et confirmer. Elle doit encore être dans la station »
« Oui…reste à la trouver. », ajouta Tya lugubre. « Nous avons bien un nom mais il doit être faux. Les indépendants en changent souvent »
« Tu as raison, mais un marginal en escale cela ne doit pas être bien compliqué à trouver. Sors nous la liste de tout les bars, salles de jeu et bordels de la station »