
Il nous restait une POS en « zero zero », perdue au milieu de « Syndicate » à 15 « jumps » du « high sec ». Du boulot pour la plus petite des sœurs
Oceanis, pilote de « Prorator » de son état, et mineuse à temps partiel dans ses périodes d’angoisse existentielles.
Aussi, quand le Boss à déclaré que la POS de « Syndicate »
devait être rapatriée en Empire pour notre prochain départ, j’ai sauté dans mon furtif et mis le cap sur « Syndicate ». Je vous passe les épisodes de « camp gate »,
« bulles »…vous connaissez la chanson….(quel est le crétin qui avait décidé de planter une POS dans un coin aussi perdu ? Encore un coup de nos scouts « snifeur »
d’acide)

Le voyage se passe donc a peu près bien et nous arrivons en quelques heures en vue de la fameuse POS en péril. Parfaitement rodés, nous commençons donc l’opération démontage. Pour ceux qui ne connaissent rien aux POS, sachez que la chose ne présente pas un grand intérêt, sinon que vous vous faites souvent accompagnés par quelques hostiles qui vont forcement essayer de vous piquer la fameuse POS.
Quelques jours plus tôt à Fontaine, j’avais récupéré la CT sous le feu d’un Bomber dans un «warp », «scoop cargo», « warp out » des plus acrobatique. Nicky avait empêché l’hostile de « target » ce qui ne l’avait pas empêché de balancer une bombe qui heureusement n’avait qu’éraflé ma coque.
Cette fois, la chose ne s’annonce pas différemment et les hostiles commencent à venir roder. Pas de quoi s’affoler. On continue à démonter tranquillement, un œil sur le scanner. Tant que la CT est active, on ne risque pas grand-chose. La Sainte Pos nous protège !
L’opération commence à déraper quand nous réalisons que certains modules incapacités par une attaque précédente nous empêchent de démonter la CT. Il allait falloir « remoter » avant de démonter. Manque de chance, le logistique se trouve à plus de 22 « jumps » de là….
Aussitôt, ou presque, Siona et Ymer organise un saut du Carrier et bientôt la grosse bête se présente pour commencer les réparations de fortune. M’inclinant devant l’engin, je décide donc de « warp out » et d’aller « cloaker » au milieu de nulle part pendant que le mastodonte s’active.
Inutile de servir de cible à un ennemi trop zélé.
Le temps passe et autour de nous les hostiles se font de plus en plus présents. Cela ne sent pas bon.
Le « remote » terminé, le Boss donne les instructions :
« Ymer tu warp en safe et tu cloak . Oceanis viendra charger la
POS et tu la chargeras ensuite dans le carrier. »
Autant vous dire que j’étais très vexée que le Boss fasse plus confiance en ce tas de ferraille sans grâce qu’à mon magnifique navire Amarr fendant l’espace comme un suppositoire. M’inclinant
devant la décision, je reste en « safe », attendant le décompte et me préparant pour une autre récupération acrobatique. Tâche ingrate et hautement risquée.
C’est à ce moment cher lecteur que tout s’effondre, que ce magnifique récit d’aventure bascule dans le drame, dans le film d’horreur le plus glauque. Si vous êtes cardiaque, allergique, sensible et avez moins de 18 ans, je vous prie d’arrêter votre lecture.
Dans le silence de l’espace, une voix, paniquée, résonne dans les radios de la flotte.
« Meeeeeeeerde »
« Quoi ? »
« Meeeeeeeeeerde », répète une fois encore le pilote de Carrier qui avait « warp » à une dizaine de kilomètres de moi.
« Ymer, il se passe quoi ? », demande le Boss avec une légère inquiétude dans la voix.
« Saloperie de meuble…mon doigt a glissé »
C’est ici que tout s’écroule, le destin d’une flotte livrée à la conception d’un meuble de bureau Ikea particulièrement mal pensé pour un pilote de Carrier.
« J’ai cynoté au lieu de cloaké »
« QUOI ? »
« Mon doigt a glissé sur cyno », répète la voix du pilote de Carrier, cette fois frisant la panique.
Il est temps cher lecteur d’apporter quelques précisions techniques pour ceux d’entre vous qui ne sont pas familier avec le difficile art du pilotage de carrier.
Le cyno est une espèce de grosse balise bien visible. Un gros phare galactique qui crie : « Je suis ici, je suis ici ». Le problème du cyno est que une fois lancé il n’est plus possible de le stopper et que à cet instant précis notre Carrier se trouvait à coté d’un cyno, visible comme une tomate bien rouge et appétissante, incapable de cloacker. De furtif, notre Carrier vient de se transformer en grosse cible clignotante.
Bien entendu, autour de nous les choses s’agitent.
« YMER BORDEL DE MERDE QUE FAIS TU AVEC UN BORDEL DE CYNO SUR TON PUTAIN DE CARRIER ? »
« Au cas où j’aurais besoin de renforts »
Sauf que à ce moment aucun de nos 241 carriers et « capital ship « ne semblent disponibles. Comme quoi on ne doit jamais se fier à la cavalerie.
Depuis la sécurité de mon « cloak » je vois les ennemis « warper » sur le Carrier transformé en cible pas très mobile. Cela sent très mauvais.
« Ils cynotent »
« PUTAIN DE MERDE »
Je vous passe les autres poésies du canal de « fleet » qui commencent à devenir limites et non répétables sur ce site de standing élevé.
« TITAN TITAN »
En effet, aussi pâle qu’un vampire à la plage, je vois l’énorme masse du Titan à portée de tir de notre Carrier qui n’était plus à ce moment qu’une future épave. L’immense navire fait feu et transforme notre Carrier en un magnifique feu d artifice.
BOUM.
« YMER JE NE TE TUE PAS PARCEQUE C EST PLUS CRUEL QUE TU TE SUICIDE », lance le Boss pas du tout heureux.
Le Carrier détruit, la flotte ennemie rode encore dans les environs quelques minutes avant de disparaître. Notre flotte décide alors qu’il était temps d’en rester là et de noyer la perte de notre Carrier à la station la plus proche.
Entre moi et cette POS s’est devenu une affaire de famille. D’abord le Boss qui décide de faire confiance à un pilote de Carrier pour une opération si délicate et après le feu d artifice. J’étais vexée et quand la famille Oceanis est vexée, elle boude. C’est une constante galactique.
Une fois les ennemis partis et les nôtres disparus, je m’approche de la CT et commence la dernière opération : vider le fuel et activer le démontage.
30 minutes.
Cela va être long. Pour ne pas attirer l’attention, je me retire du
système et commence à tuer l’attente avec un verre de vin blanc sec bien frais.
L’aventure n’empêche pas le confort.
5 minutes.
Je « jump » dans le system et « cloak » alignée sur la POS.
3 minutes.
Un neutre entre dans le système. Je scan.
1 minute.
Un autre hostile en entrée. Les loups sont attirés par l’odeur de la POS en fin de vie.
30 sec.
Je warp à un peu plus de 2500 mètres de la CT et aligne un point, toujours en cloak. Je m’approche à distance de chargement. Un hostile arrive en « warp ». Je decloak et charge la bête et commence le warp out. L’hostile est un peu lent et je disparais sans problème.
A ce stade, cher lecteur, vous pourriez vous dire que la chose est terminée.
Pratiquement, si ce n’est qu’il ne me reste une quinzaine de « jump » en 0.0 pour rejoindre le HS.
La famille Oceanis se met au travail et une autre sœur arrive sur place, et commence à « scouter ». Le retour prendra plus de 20 heures entre camp gate, bulles et hostiles en tout genre. Certaines gates sont tellement campées et bubullées que nous devons parfois attendre des heures avant de nous y risquer. Nicky se joint au convoi de retour avec son indu chargé de fuel, mais qui malheureusement explosera à la dernière « gate » de « null sec ». Le Prorator lui rejoint son hangar à Balle et décharge la POS.
Presque 48 heures de run en 0.0. La POS est de retour malgré un cyno de trop.
Note de l’auteur : Ce texte est dédié à notre ami Ymer. Je vous demanderais de respecter une minute de silence pour ce pilote de Carrier au doigt glissant.
Note de l’éditeur : Afin de préserver l’anonymat du malheureux pilote probablement mort de honte, les éditions « Du boulet » ont modifié le nom du pilote afin qu’il ne soit pas reconnaissable.
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